Enigme

L’énigme du Masque de fer

le_mdfEn avril 1687, un singulier prisonnier fut conduit de la forteresse d’Exilles, proche de Briançon, jusqu’à l’île Sainte-Marguerite, au large de Cannes. On imagine la stupéfaction des quelques badauds qui, aux étapes, le virent sortir de sa chaise à porteurs le visage recouvert d’un masque d’acier.

Les soldats de la garnison de Sainte-Marguerite guettaient son arrivée avec la plus vive curiosité car deux mois plus tôt le nouveau gouverneur Saint-Mars, venu sur l’île pour lancer le chantier d’une prison, s’était livré, avant de repartir chercher son prisonnier, à d’incroyables confidences. Il n’y aurait pas en Europe, assurait-il, de prison comparable à celle-ci, que ce soit pour la sûreté et le confort. Elle était destinée à un homme « qu’il avait eu longtemps sous sa garde au donjon de Pignerol et qui devait mourir s’il disait son nom ». Sur quoi Saint-Mars avait ajouté d’un air entendu : « Il y a des gens que le public croit morts et qui ne le sont pas. »

Stupéfaction. On évoqua les noms de personnages disparus plus ou moins mystérieusement. L’énigme du Masque de fer venait d’entrer dans l’histoire.

Puis, tel une chape de plomb, le silence retomba sur l’homme emmuré dans sa cellule. L’arrivée de nouveaux prisonniers fit diversion. Peut-être était-ce voulu.

Neuf ans plus tard, Saint-Mars, nommé gouverneur de la Bastille s’y rendit en compagnie d’un prisonnier masqué d’un loup de velours noir. On retrouve dans les registres de cette célèbre prison mention de l’arrivée du « fameux prisonnier de Sainte-Marguerite, que Saint-Mars avait eu à Pignerol, et dont le nom ne se dit pas. » De nombreux témoins purent l’observer à maintes reprises quand il se rendait le dimanche à la chapelle. Il mourut en 1703 et fut enterré sous le nom de Marchioli.

A la Cour, les théories les plus fantaisistes s’affrontèrent quant à son identité. Différents noms furent avancés. On se disputa âprement.

En 1756, grâce à Voltaire et son « Siècle de Louis XIV », l’Europe toute entière apprit l’existence de l’homme au masque de fer mais il fallut attendre la Révolution pour que les archives d’État livrent leurs secrets.

Il fut confirmé que Saint-Mars avait eu ce prisonnier sous sa garde à Pignerol. Mais le problème n’en demeurait pas moins complexe car Saint-Mars n’avait pas eu un seul mais une dizaine de prisonniers dans le donjon de cette lointaine citadelle.

Désormais l’enquête prenait une tournure policière. Il s’agissait de discerner lequel de ces prisonniers avait suivi Saint-Mars à Exilles, puis avait foulé le sol de l’île Sainte-Marguerite.

La correspondance échangée entre Saint-Mars et son supérieur le ministre Louvois allait permettre de reconstituer une grande partie des événements survenus pendant cette longue période. Mais cette correspondance reflétait-elle toujours l’exacte vérité ?

Aujourd’hui deux thèses s’affrontent et deux candidats Masque de fer restent en lice. Simple question d’interprétation d’une lettre capitale à la compréhension de cette énigme : la lettre de Louvois à Saint-Mars du 8 avril 1680.

Au cours de mes années de recherches dans les Archives nationales, La découverte de documents longtemps ignorés des chercheurs, et d’ailleurs inédits, allait me permettre de trancher. Je sais maintenant avec une quasi-certitude – il n’y a presque jamais de certitude absolue dans aucun domaine – qui était le Masque de fer.

L’énigme sera-t-elle pour autant élucidée ? Non car il restera à soulever le voile d’autres mystères encore.

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